Burkina Faso – 8 avril 2o11 – Contre l’impunité et la vie chère, mobilisation générale pour une journée nationale –

marée humaine ce matin du 8 avril dans les rues de Ouaga

C’est une marée humaine qui a pris d’assaut les rues de la ville de Ouaga ce matin pour dénoncer les travers du pouvoir de Blaise Compaoré. « Blaise dégage »; « Policiers, militaires assassins », « le peuple a faim » sont entre autres les messages qu’on pouvait lire sur les pancartes des manifestants. La tension sociale est loin de baisser au pays des hommes intègres. Retour sur une journée de mobilisation et de colère.

Une fronde de soldats, des étudiants et lycéens en colère, des symboles de l’Etat brûlés ou saccagés, pour le président Blaise Compaoré au pouvoir depuis 1987 et fraichement réélu à la tête du Burkina Faso (octobre 2010), ce nouveau mandat de cinq ans commence par une forte contestation de son autorité et de sérieuses menaces à la stabilité de son régime.

Vent de révoltes au pays des enfants de Thomas Sankara -Thomas Sankara Web site

Appel à une mobilisation générale pour une journée nationale de lutte le 8 avril 2011.

fasozine.com – Les syndicats burkinabè appellent à marcher sur l’ensemble du territoire le 8 avril 2011: “Le vendredi 8 avril 2011, la Coalition nationale de lutte contre la vie chère (CCVC) appelle l’ensemble des couches populaires à arrêter toute activité professionnelle et à organiser des marches-meetings sur l’ensemble du territoire national.

Ces manifestations à venir font suite au meeting qu’elle a organisé le 19 mars 2011, meeting qui visait, entre autres, à protester contre la répression qui avait cours dans le milieu scolaire et universitaire suite aux événemen

ts de Koudougou, également à protester contre les résultats négatifs de la dernière rencontre annuelle gouvernement/syndicats. Suite à ce meeting, les centrales syndicales et les syndicats autonomes déposaient auprès de son Excellence Monsieur le Président du Faso, président du Conseil des ministres, un préavis de grève pour la journée du vendredi 8 avri1 2011.

Les manifestations consécutives à la mort de l’élève Justin Zongo et qui ont provoqué la mort de six autres personnes sont la traduction de très nobles sentiments chez la jeunesse populaire.

Les manifestants entendent également revendiquer le respect de la liberté d’expression et de manifestation, le démantèlement des zones rouges et de toutes les installations de tortures et l’interdiction de la pratique de torture dans les services des forces de sécurité.

Joignant des revendications sociales à celles contre l’impunité, Tolé Sagnon, a indiqué qu’au cours de la journée nationale de lutte, il sera demandé la suppression de la Taxe de développement communal (TDC), le relèveme

nt des salaires, des pensions de tous les agents de l’Etat, des travailleurs du privé, en activité ou à la retraite, en rapport avec le coût de la vie. Avant l’annonce, Tolé Sagnon a indiqué que la CCVC soutenait la lutte des élèves et étudiants, condamne sans réserve la répression des scolaires ainsi que la campagne d’intoxication et diabolisation de leur combat. La CCVC a aussi invité le gouvernement à faire réactiver, sans délai, les services des œuvres universitaires.

En rappel, certaines localités du Burkina Faso ont vécu des journées de manifestation des élèves et étudiants pour réclamer vérité et justice dans la mort de Justin L zongo, alors élève en 3e à Koudougou. Selon des sources officielles, l’élève serait mort de méningite mais pour ses camarades, Justin L Zongo serait mort suite à des mauvais traitements que la police lui aurait infligés. Devant la généralisation des manifestations dans tout le pays, le gouvernement a fermé les universités publiques, suspendu les œuvres universitaires et avancé de deux semaines la date des congés du second trimestre pour les élèves

On peut donc dire que le pouvoir est en train de récolter aujourd’hui (avec malheureusement de nombreuses victimes collatérales), ce qu’il a semé et sème depuis, en méprisant et même en réprimant ceux qui osent dénoncer l’impunité, la corruption, les agressions contre les libertés, le clientélisme qui ont cours dans le pays.

Blaise Compaoré, président du Burkina Faso (DR)

La colère gronde, Compaoré tempère, mais…

pressafrik – Prenant la menace au sérieux, cet ex-militaire venu au pouvoir par les armes et qui parle peu, a lancé dans un discours prononcé devant les caméras de la télévision télévisé le 30 mars 2011 un appel au dialogue et promis des « réformes » qu’il mettrait « immédiatement » en œuvre, sans toutefois donner aucune garantie que la tempête est bien passée.
Les premiers signes de cette tempête ont commencé à souffler mi-mars 2011, lorsque quelque milliers d’élèves et étudiants sont descendu dans les rues du pays pour exprimer leur colère. Mais l’alerte la plus chaude est venue de la troupe, qui depuis des jours s’agite et a fini par installer l’inquiétude au cœur du régime que l’on disait tenu d’une main de fer. 

La révolte estudiantine, selon ce qu’en rapportent les médias locaux, a été déclenché par la mort de l’élève Justin Zongo le 20 février 2011 dans la ville de Koudougou (100 km à l’ouest de Ouagadougou), pendant un séjour dans un commissariat local suite à une plainte déposée contre lui.
La police a indiqué que le jeune homme est décédé des suites d’une « d’une méningite », une version qui a soulevé l’ire de ses camarades convaincus qu’il s’agit d’une bavure policière que les autorités ont voulu étouffer. La contestation qui s’en suivra a gagné le pays tout entier et la répression fera au moins deux morts. L’incident pourrait en réalité n’être que la goutte d’eau de trop.

Une vidéo des manifestations de Koudougou – BurkinaClips 

Après les étudiants, c’était au tour des soldats de prendre la relève. Pendant plusieurs jours ils ont manifesté leur colère dans plusieurs endroits du pays, suite à l’incarcération de quelques uns de leur frères d’armes condamnés par la justice et dont ils réclamaient la libération. Dans leur révolte, les soldats s’en sont pris aux édifices publics et aux domiciles des pontes du régime, un signe qui ne trompe pas quant au malaise ambiant qui règne en ce moment aux pays dit des « hommes intègres », alors que le président Compaoré, élu avec plus de …80 % des voix, entame un quinquennat qui pourrait pour lui être celui de trop.

Acculé le régime a cédé aux exigences des militaires, en libérant les cinq détenus en dépit de la décision de justice qui les a condamnés, le mardi 22 mars, à des peines de prison ferme allant de 12 à 15 mois et à plus de 3,5 millions de FCFA d’amende. Fait rarissime, le 31 mars 2011 le président recevait les soldats de la troupe et les sous-officiers de l’armée burkinabé pour les « écouter ». Les officiers devaient à leur tour être reçus le lendemain, alors que le pays entier était sous couvre feu, décision annoncée dans un communiqué du ministère de la défense.

Mais les défenseurs des droits de l’homme n’entendent pas laisser avaliser un « deal » entre militaires qui renforcerait l’impunité dans un pays au passé déjà suffisamment chargé dans ce domaine. Le Mouvement burkinabé des droits de l’Homme et la Fédération internationale des droits de l’Homme ont, dans une déclaration commune, appelé le gouvernement à faire face à ses responsabilités.

Le ton conciliant du président, selon les analystes, trouve sa raison dans le fait que ces manifestations ne sont pas sans rappeler quelques épisodes des récentes révoltes populaires en Egypte et en Tunisie. Dans ces deux pays d’Afrique du nord, les populations se sont débarrassées par la contestation populaire de régimes, qui à l’image de celui du Burkina Faso, semblaient indéboulonnables après des décennies de règne sans partage.

Arrivé au pouvoir à la suite à un coup d’Etat mortel contre le capitaine révolutionnaire Thomas Sankara, le président Blaise Compaoré traîne depuis ce lourd fardeau, resté une sorte de « contentieux historique » entre lui et une bonne partie du peuple burkinabé et de l’intelligentsia africaine. Ce symbole du Burkina Faso, « terre de répression et d’impunité », sera renforcée à la fin des années 90, avec l’affaire Norbert Zongo, journaliste assassiné par des proches du régime. Une autre affaire dont les auteurs et commanditaires restent à ce jour « impunis ».

Ouestaf

Sources: pressafrik.com, fasozine.com, lefaso.net, Thomas Sankara Web site

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