Les élections en Afrique : une Démocratie de spectacle

Écrit par Guy Landry – Hazoumé

Le texte ci-dessous, Les élections en Afrique : une démocratie de spectacle ? est un article extrait des Mélanges intitulé Vers un Monde nouveau ,un volumineux ouvrage publié en deux tomes en hommage au professeur Edmond Jouve. Le thème développé dans l’article est d’une brûlante actualité en cette année  où une vingtaine de pays vont organiser des élections présidentielles  décisives pour les processus démocratiques  en cours en Afrique .Nous vous le proposons sans commentaire dans l’espoir que sa large diffusion suscitera le débat sur la situation politique actuelle et les tâches qui nous incombent hic et nunc .

L’ auteur  de l’article n’est autre que  Guy Landry Hazoumé,  un  diplomate de carrière qui a été ministre des affaires étrangères de 1987à 1989  pendant les années de braise qui ont conduit à la fameuse  Conférence Nationale des forces vives. Mais s’il été l’un de nos meilleurs diplomates, Guy Landry Hazoumé  est avant tout un très grand intellectuel  et un écrivain de talent, il est en effet l’ auteur d’un essai qui a eu un  succès retentissant au milieu des années 70 Idéologies tribalistes et Nations en Afrique :le cas dahoméen ,Admis depuis quelques années à faire valoir ses droits à la retraite , il s’est retiré du monde marécageux de la politique politicienne et prépare un second ouvrage toujours sur le thème  des idéologies tribalistes

AVERTISSEMENT :

La lecture du texte suivant de Guy Landry HAZOUME sera sans aucun doute, d’une utilité pédagogique et intellectuelle certaine, face aux péripéties électorales actuelles dans notre pays.

Cette contribution à la critique du PRESENT, et à la vision de notre futur commun éclairera donc et fournira à la conviction démocratique des armes pour mener les combats de l’ESPRIT, et, affronter les chantiers gigantesques de la construction démocratique.

Il faut en effet nous préparer aux épreuves inévitables qui s’annoncent, tant que s’appesantissent les routines et se déchaînent les fuites en avant du «do or die politics», nous traduisons «la politique d’accomplir ou périr».

Car, TUNIS, le CAIRE, TRIPOLI et d’autres places de la libération «dans les pays arabes si proches, sont là pour nous avertir des surprises, des changements ou des tumultes que nous réserve encore l’HISTOIRE.

Bien au-delà hélas! de toutes nos supplications et de nos prières pour la paix!

G. L. HAZOUME

Les élections en Afrique

Une démocratie de spectacle?

Écrivain, ancien ministre des Affaires étrangères du Bénin

“Africa. Now, she is rising, remember her pain, remember the losses, her screams loud and vain, remember her riches, her history slain, now she is striding although she had lain.”

Maya Angelou: Poems

Batam Books, New York 1993

L’hommage des Mélanges, décliné dans notre ouvrage collectif, doit représenter une célébration de la science et enregistrer les clameurs d’une fête de la recherche et de l’enseignement. Pour une personnalité, en effet, du poids et de la renommée (consacrée) du Professeur Edmond Jouve, chez qui l’humilité s’ajoute à la chaleur communicative héritée de son terroir occitan, nous accomplissons ainsi un redoutable devoir. En poursuivant par là notre quête de connaissances, sur la voie si abondamment fécondée et fleurie par cet universitaire et ce maître d’exception.

Les Mélanges doivent alors constituer la partition d’un hymne à plusieurs voix, qui accompagne la cérémonie laïque du «baptême» «et de la confirmation» solennelle d’une œuvre de profondeur et de richesse intellectuelles certaines.

Edmond Jouve sembla répondre par l’action et la pensée durant une longue carrière, à cette recommandation pressante, et cet aiguillon du labeur de la pensée de Frantz Fanon, au demeurant adressés à nous tous: «Ô mon corps, fais toujours de moi un être qui s’interroge»!

Et c’est de cette seule manière efficace et bénéfique pour nos savoirs, que les Mélanges offerts à notre ami et partenaire, offriront une occasion unique de commerce ou d’échanges intellectuels; en apportant à la multiplicité des questions de politique et d’histoire qui nous interpellent et hantent nos laboratoires de recherche et nos temples du savoir, une diversité de jugements, de réponses et d’hypothèses critiques.

Car, face aux problèmes soulevés par les retards objectifs et massifs, et la rareté scandaleuse des biens et des services dans certaines zones de «non développement» du monde (où nous vivons, combattons et créons), il faut s’armer d’une vision de l’esprit élevée, et surtout imaginer et mettre en œuvre une organisation efficace et audacieuse de l’action. C’est à ce double prix que les témoins et les acteurs que nous sommes, et voulons demeurer, participerons à la construction d’une nouveauté positive de l’existence quotidienne et de la vie civique; pour faire notre entrée avec la pleine capacité de notre être, dans ce monde nouveau qui émerge et s’édifie.

Nous accomplirons cette mission, et remplirons les obligations sacrées de cette tâche historique, en parcourant les territoires de la recherche à la manière d’un Edmond Jouve, découvreur et pionnier inlassables, avec créativité, esprit d’ouverture et sens de l’humilité.

Nous le ferons aussi en cultivant la confraternité universitaire, dénuée de tout paternalisme et de toute arrogance «européo» ou «occidentalo-centriste».

Et nous comprendrons mieux les exigences et les impératifs de notre pari pour la grandeur intellectuelle et le progrès de nos sociétés, en recherchant une solidarité internationaliste entre artisans d’une même entreprise de libération des peuples, et de modernisation de notre «monde fini». Après les drames en effet, et les désillusions des vieilles solidarités, «prolétariennes» et «tiers-mondistes», il faut aujourd’hui redessiner l’anti-portrait de ces «grands-frères» ou «tuteurs» d’outre-mer qui, à la différence précisément d’un Edmond Jouve, ont tant œuvré et écrit pour heurter notre dignité, mépriser notre «droit à l’initiative», et ignorer, le climat particulier où naissent et croissent les végétations et les essences de nos massifs culturels.

C’est avec cette précaution méthodologique, et en nous inspirant des  leçons, enseignées par nos propres maîtres, de curiosité intellectuelle aiguë et de persévérance, que nous avons choisi d’aborder dans notre tranche personnelle des Mélanges, le secteur et le chantier des élections.

Le pouvoir stable est non imposé

En engageant cette exploration, nous avons conscience d’effectuer un parcours véritablement initiatique. Il en est ainsi, en effet, quand nous nous emparons, parfois, solitaires et réfugiés dans l’atelier confortable et les tours d’ivoire de nos méditations, des outils de façonnage et de polissage minutieux des «pierres brutes» de l’apprentissage intellectuel et du perfectionnement continu de l’œuvre d’embellissement et de perfectionnement scientifiques de la «chose» électorale. Et tant de privilèges de l’esprit, de servitudes académiques, et de joies en naissent dans la passionnante trame d’une vie!

Le thème des élections constituera alors cet objet d’étude, de sculpture fine des concepts et des mots, d’analyse critique ou de contestation véhémente, qui fait encore vibrer d’angoisse et d’impatience collectives la scène politique de nos pays (en transition, ou constituant les démocraties nouvelles ou rétablies de la fin du 20ème siècle). Et les élections mobilisent et décuplent les énergies, rendent effervescent en effet le climat politique comme, et pêle-mêle, en RCA (République Centre africaine) en Guinée-Bissau, à l’Île Maurice, en Éthiopie, au Liberia, au Burkina-Faso et au Gabon.

Le «bruit» et la «fureur» de ces choix et consultations, d’ambition démocratique a priori, se manifestèrent alors et résonnent encore à nos oreilles attentives, sur des chemins et des terrains, où la violence des balles, des matraques et des barricades, les banderoles et les cris des manifestations, succédant parfois aux résultats, ont éclaté et sévi, proliféré et grondé. Qu’attendre alors demain, d’Haïti, du Bénin, de l’énorme RDC (République Démocratique du Congo), de la fiévreuse Côte-d’Ivoire, et d’autres théâtres d’opérations électorales, ailleurs dans la galaxie des «démocraties nouvelles ou rétablies»?

Il sera donc nécessaire, au risque certain de paraître enfoncer des portes ouvertes, de dire ou de confirmer, ce que signifie et établit au niveau des principes et des critères de transparence, une élection démocratique. En produisant à l’échelle d’un pays, ou d’une circonscription, l’expression du vote libre et secret, émis par des citoyens «souverains» et responsables (dans leur toute puissance constitutionnelle), l’élection acquiert et consacre sa double fonction essentielle. Elle constitue d’abord un instrument unique de mesure des votes d’où naîtra une majorité, avec parfois toutes les nuances de la proportionnalité. Ensuite, elle représente un élément de catalyse et un ingrédient, indispensables à l’éclosion de l’alchimie démocratique. Et elle permet ainsi d’apprécier la bonne fonctionnalité du système démocratique et de ses instruments de mesure des résultats du vote, d’où naissent et se négocient les configurations du pouvoir, des alliances et des coalitions gouvernantes au niveau des organes de l’État. La force de la Loi et la puissance de la Constitution proviendront de ces «jeux» électoraux périodiques, et seront d’autant plus redoutées qu’elles dérivent de la bonne organisation, et d’une transparence rigoureuse des opérations de vote. Et c’est par là que s’affirme la démocratie où comme l’écrit si sobrement mais justement Albert Memmi, «le pouvoir est relativement stable, précisément parce qu’il n’est pas imposé, mais légitimé par une délégation provisoire du peuple».

Les élections, considérées comme un rite collectif et majeur de passage à la maturité et l’affranchissement démocratiques (au sens rigoureux d’une sortie de l’esclavage autoritaire, dictatorial ou autocratique), ont  alors une «valeur d’usage» et acquièrent des attributs qui, eux-mêmes, entraînent une question philosophique fondamentale. Pour en analyser l’importance et l’irremplaçabilité, il faut en effet revenir à cette question de sens et cette interrogation dialectique sur leurs valeurs quantitative (à travers l’exactitude du comptage des voix majoritaires) et qualitative (par la permanence et l’intensité d’une culture et d’une prévalence de l’harmonie démocratiques). C’est à partir de là que des doutes peuvent, naître, et que certains triomphalismes impatients en viennent à se relativiser ou se fragiliser.

Mais l’élection démocratique aura rempli auparavant, si elle est conduite selon les «règles de l’art», son rôle éminemment descriptif de la réalité (démocratique) d’un pays, ou d’une scène électorale quelconque. En ayant permis de fournir à partir d’un recensement fiable du corps électoral (à travers les listes informatisées), de critères de cohérence juridique et d’adéquation aux normes administratives (codes électoraux et lois spécifiques), une photographie aussi précise que possible du paysage politique et des rapports de forces entre groupes et partis en compétition. En outre, en soumettant ses performances techniques, et ses capacités d’organisation de la transparence, au jugement des observateurs internationaux, les autorités politiques et électorales d’un pays déterminé fournissent à leur tour, au-delà de la chronique ou de la relation journalistiques, des éléments prescriptifs permettant une bonne tenue d’élections fiables et crédibles.

Si la «raison» démocratique en sort quitte, soulagée et triomphante, nous devons savoir répondre en même temps aux trois questions que nous allons maintenant énoncer.

S’il s’agit de soulager la bonne conscience de certains cercles ou sociétés de pensée libéraux ou néo-libéraux, en répondant à des critères de «bonne gouvernance», la tenue d’élections «démocratiques», conduite selon des règles comme celles édictées par la Francophonie (Déclaration de Bamako de décembre 2000), suffit à répondre aux «conditionnalités» que de l’Europe aux Institutions sacrées et impériales de Bretton Woods (FMI et Banque Mondiale), l’on brandit sur nos têtes et transforme en redoutables épées de Damoclès!

Faut-il alors, et ce sera notre deuxième question, s’employer avant tout à assurer le succès ou la beauté théâtrale de la pièce ou du spectacle électoral? Telle est l’interrogation centrale autour de laquelle se construit notre analyse critique. Car au-delà du bruit, des fanfares et des prodigalités des plus riches parmi les candidats, rien ne semble plus vraiment troubler et hanter la somnolence complice des dispensateurs ou distributeurs contemporains des bulletins de bonne santé et de «bonne gouvernance» démocratiques! Or si, au prochain lever des nouvelles espérances démocratiques, les rideaux du spectacle des élections n’étaient pas baissés, et la pièce qui s’y joue dévalorisée ou réécrite, le tableau demeurerait inchangé. La démocratie au lieu du paradis retrouvé tel que le peindrait Bosch (1450-1516) dans son Jardin des délices n’enfanterait plus que des «monstres de la raison», s’étalant en lambeaux et en dépouilles dérisoires comme dans une œuvre de Goya.

Et la troisième question qu’impose notre cheminement intellectuel, malgré la beauté et la richesse du spectacle, et le talent ou la sophistication du jeu des acteurs, est celle de l’universalité de la démocratie et du système démocratique. Quel universalisme démocratique règne aujourd’hui en effet sur la conscience unanime des citoyens du monde, et des électeurs éclairés de tous les pays de la Terre?

Il y a, certes, ce qui, de manière indiscutable, constitue un héritage de plusieurs siècles, et représente le patrimoine universel de l’Humanité, de l’antiquité égyptienne et gréco-romaine, aux canons actuels de la société démocratique et libérale.

La liberté ou le libre-arbitre du citoyen électeur, exerçant un droit humain fondamental et universel, doit ainsi représenter toujours et partout un critère essentiel de réalisation et de consolidation de la démocratie. Et n’héritons-nous pas tous de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, en tant que référentiel commun et unificateur?

La conquête du suffrage universel, si récente parfois dans plusieurs contrées du monde, parmi les plus riches et les plus avancées, n’est-elle pas la conclusion de plusieurs siècles d’espérance, et la synthèse victorieuse de longues batailles populaires à travers l’histoire?

De plus, la démocratie constituant une grammaire complexe, avec des règles de base fondamentales que nous avons tous la prétention de respecter et d’appliquer, peut-elle vivre de sa seule magnificence, pour contraindre les peuples et les Etats à leur respect sacré ou à l’adoration sans partage et sans réserve? Ne devons-nous pas aussi ajouter que malgré la quantification et la mathématisation, parfois prodigieuse et brillante de certains travaux de recherche, l’universalité des règles démocratiques ne pourra jamais s’exprimer avec la rigueur d’un appareillage scientifique de théorèmes ou d’équations, que, par exemple, les sciences physiques et le langage mathématique entretiennent, enrichissent et perfectionnent? Voilà le fond du problème, que révèlent encore plus les facteurs humains individuels ou collectifs, si imprévisibles. Et c’est parce que le citoyen et l’électeur, disposant de la plénitude de sa liberté et de sa dignité, exprime son libre choix à travers son vote, qu’il faut éviter de le considérer comme un «sujet unidimensionnel». Au citoyen ne peuvent donc pas mécaniquement s’appliquer, de manière dogmatique ou automatique, les articles d’un «catéchisme» démocratique! Car un puissant faisceau de facteurs idéologiques et culturels contribue aussi à orienter et fonder son choix. À partir de là, se dessine la nécessité d’une certaine relativisation, et apparaissent les contradictions et les ambiguïtés de l’universalisme démocratique. Nous aurons ainsi compris que l’État de Droit absolu, quasi éternel et adapté à tous les climats et à toutes les végétations de la terre, peut n’être qu’une vue de l’esprit, et sa sanctification ne provenir que d’un enthousiasme généreux et d’une utopie parmi tant d’autres de l’Histoire «qui emprunte une infinité de chemins» (Amin Maalouf, 112-1998).

Deux perspectives apparaissent alors ici dans toute leur richesse, lorsque nous discutons des vertus et des problèmes de la démocratie et des élections sur le continent africain, par exemple.

D’abord l’histoire irrigue nécessairement notre présent, et pénétrera la société de demain malgré les répétitions paresseuses et le glossaire consacré de la pensée unique globalisante (avec ses formules ou mots-clés d’essence presque magique: développement, gouvernance, partenariat, consensus, synergie, réduction de la pauvreté, etc.).

Nous devons ainsi récupérer et exhiber froidement les faits de l’histoire, pour témoigner et refuser avec sérénité et fermeté de ne pas gommer ou occulter certaines rancœurs et de profondes blessures (physiques et de l’âme). Si pour la «Shoah» immonde et tragique, cela paraît légitime et magnifique, qu’en est-il, pour ce qui nous concerne, de la traite négrière et du colonialisme? Et face aux tentatives de réhabilitation, rampantes ou avouées de l’œuvre jugée «grandiose» et «civilisatrice» de la colonisation, nous devons avec une vigilance intellectuelle implacable et digne, revendiquer la vérité de cette histoire négrière et de notre condition coloniale (pré, anté ou anti-démocratique).

Aucun discours sur la «valeur démocratique des élections» dans nos pays ne pourrait être amputé de cette dimension historique, et, ignorer les longs itinéraires de violence et de douleur qu’ont été contraints d’emprunter et de subir les Africains d’hier et des Empires du passé.

Le bruit, les slogans et les applaudissements des réunions électorales…

En Afrique, une marque de fabrique véritablement unique de la «manufacture» électorale s’identifie, à travers les parades musicales, les défilés de tambours des campagnes et les grandes manifestations partisanes.

Ainsi, s’observe une débauche de musique, de rythmes et de danses. Il s’y associe admirablement, et toujours, une prédominance de l’oralité qui, dans nos cultures, s’affirme par la force, la magie du verbe et ses vertus quasi-incantatoires. En témoigne à chaque événement de la campagne, l’éloquence des tribuns ou des animateurs des réunions; avec leurs paroles colorées, fleuries, nourries de paraboles, émaillées de proverbes et imbibées d’humour. De telles envolées oratoires se substituent alors merveilleusement aux écrits de la presse, des manifestes et des programmes qui, à cause des handicaps douloureux de l’analphabétisme dominant, sont déjà très peu consultés et très mal diffusés et popularisés. Dans un tel environnement, ce qui ressemblerait au format occidentalisé et très anglo-saxon du «debating society» ou du «candidates debate», risquerait d’apparaître comme trop guindé et franchement comique.

Notre analyse devra aussi se déployer sur un deuxième palier de connaissances et de découvertes, où le poids des identités objectives et parfois «meurtrières», la force des différences ou des spécificités culturelles se manifestent, corrompent, éclaboussent ou colorent toutes les facettes du jeu politique, les décorations et les arrangements de scène, lorsque les tréteaux des élections sont installés et exhibés fièrement.

La spécificité culturelle, et, ajouterons-nous, le cachet particulièrement festif des événements électoraux en Afrique en accentuent ainsi la dimension théâtrale.

La démocratie va alors se muer en spectacle (le «happening» ou la foire et le «tam-tam» organisés sous certaines latitudes). Et puisque pour renouer avec notre description de la fête électorale, le divertissement domine et surplombe le paysage politique, son épaisseur ludique lui confère stratégiquement d’autres fonctions. La fête et le spectacle vont aider à masquer l’absence ou la vacuité des concepts et des thèmes idéologiques, qui caractérisent les discours de campagne.

Et mieux encore, le bruit, les slogans et les applaudissements des réunions électorales, permettent de mieux véhiculer les redondances et les platitudes de la nouvelle pensée unique (Paix, Consensus, Stabilité, Réconciliation, Équilibre régional et au sommet de la pyramide de rêve des éléments du Bonheur Éternel, le Développement). Ainsi défilent sur les écrans et dans les échos sonores souvent pluraux du paysage médiatique, ces stéréotypes commodes, véritables réceptacles et reposoirs magnifiques, où s’endorment l’esprit et l’imagination créatifs.

Il faut aussi ajouter que le «spectacle» électoral ne serait jamais aussi attractif, s’il n’entraînait pas inévitablement le commerce des «gadgets», des «joujoux et des sucettes» (tels que les qualifierait. L. S. Senghor) distribués abondamment aux électeurs, ramenés aux temps de la Rome antique des panem, et circenses.

Cependant, nous devons nous défier de cette propension à définir une démocratie à «géométrie variable», quand nous soulignons l’importance du socle et des pesanteurs culturelles, et de ces véritables «paramètres socio-politiques».

Car ce qui s’observe aujourd’hui, avec l’avènement et la puissance des «NTIC» (nouvelles technologies de l’information et de la communication) et de la «société de l’information», c’est une admirable conjonction de la bulle technologique et du démarchage agressif de proximité, effectué au niveau du village, du hameau, de la concession ou de la cour du «frère» ethnique, du «cousin» régional ou du «parent» linguistique.

En outre, au-delà de ce mode opératoire ludique, qui nourrit et soutient la stratégie électorale, une caractéristique universelle du combat politique et partisan ne manque pas de s’affirmer. Car, au moyen des élections, et à travers la compétition acharnée qu’elles instituent, les instincts prédateurs s’aiguisent, et l’ambition et la soif des honneurs et des gains matériels se déchaînent. L’on attend en conséquence de la conquête du pouvoir ou de la participation au gouvernement de l’État, le partage, ordonné ou impitoyable, des oripeaux, des dépouilles et du butin aux mille saveurs et aux mille visages, que quelles que soient les dimensions et les ressources du pays considéré, les budgets et les marchés produisent nécessairement. Ainsi s’articulent et s’enrichissent le langage universel, et la déclinaison partagée mondialement, des articles d’un code (parfois non-dits et implicites) de «l’accumulation primitive» (en termes marxiens), et s’accélère la floraison des modes illégaux, illégitimes ou illicites de l’enrichissement massif et rapide.

Sécrétion de riches et de «parvenus»

Le rapport à l’argent, produit et dresse ainsi une nouvelle échelle des valeurs où le sens de l’honneur, le dévouement, la fidélité, le respect des anciens et de la parole donnée, et enfin, l’humilité et le sens du secret, disparaissent du cœur de la société et de l’horizon du monde. Ces valeurs reniées, piétinées ou méprisées se désagrègent ainsi au profit du succès des carrières et des affaires. L’Argent-roi, ce facteur radicalement unique de distinction sociale et de couronnement de l’existence, impose alors sa souveraineté absolue. L’accumulation effrénée des signes rutilants et des symboles monumentaux de l’enrichissement et de la «réussite», devenant en dernière instance ce qui départage les citoyens et hiérarchise leur existence. Et ne négligeons pas ici de souligner que cette médiocrité de l’être se cuirasse de cynisme, et adhère aux préceptes d’un égoïsme glacial, chaque fois que les enjeux et les nécessités de la «ruée vers l’or» et l’argent s’inscrivent sur les agendas et les calendriers de la vie quotidienne!

Nous venons donc de faire apparaître que les élections consolident un phénomène de constitution de classe; celle des dirigeants et des politiques, enrichis et «parvenus». Ils sont ainsi assis sur leurs certitudes parées d’arrogance, quand l’éloge du mensonge ou le culte des mythes de très basse facture, traverse chacun de leurs discours aux électeurs et aux citoyens. Avec les consultations électorales d’autre part, et dans leur sillage immédiat, comme cela s’est révélé, s’organisent les modes d’accession au pouvoir et de gestion de l’État. Les formes spectaculaires et ludiques étouffant et reléguant souvent au rang d’exercices futiles l’expression et la diffusion de projets de société ou de projets pour l’histoire à venir, l’arène électorale en est alors réduite, à abriter, de plus en plus, un jeu féroce de massacre entre acteurs, concurrents ou ennemis politiques. Au lieu de voir s’épanouir la vision, et le rêve de grandeur et de liberté, des gouverneurs du printemps des peuples!

Et comment dans une telle réalité de forces et de combats pour la gloire et les rentes du pouvoir, cheminer sans trébucher, vers la conquête du génie créateur des œuvres de vision et des instruments idéologiques qui doivent accompagner l’éclosion de la «Démocratie – Égalité»qu’lmmanuel Wallerstein place au-dessus de tout. Puissance de la « Démocratie- Égalité » qui affronterait en effet dans tous ses repaires et ses retraites éphémères, l’hydre de la pauvreté absolue, et le spectre de la «rareté» (définie-dans une perspective sartrienne) qui ont pour autres noms, angoisse et humiliation. Et observons ici que, pour découvrir d’autres territoires du travail conceptuel, il sera toujours très stimulant pour la réflexion de relire, sans s’en lasser, certaines pages de J.-P. Sartre sur la «rareté» dans le monument philosophique que représenta sa Critique de la raison dialectique.

Nous devons à présent essayer d’achever notre long propos critique auquel le thème, le coût (politique) et les enjeux des élections, ont fourni plusieurs voies de traverse et de nombreux détours.

Il faut cependant et très clairement dissiper ici, ce qui pourrait constituer un grave malentendu. Car il ne s’agit pas de disqualifier les élections lorsqu’elles sont transparentes et crédibles, dans leur rôle capital d’indicateur d’une bonne santé démocratique, ou de parfait révélateur de l’État de droit. Car, au-delà de l’efficacité, très inégale par ailleurs, des machines et des processus électoraux, il faut, malgré des alternances formelles qu’elles peuvent entraîner, s’interroger sur le rôle qu’elles devraient jouer dans la transformation qualitative de la société, et la production d’un État réel d’égalité et de liberté; afin que le changement de la politique ou de la «gouvernance», pour utiliser un terme aujourd’hui consacré, intervienne et se renforce.

Nous émettons donc au sujet des élections, un jugement de valeur et exprimons des préoccupations éthiques; pour que l’arbre ne cache pas la forêt des maux et des tares, que représente notre univers social et politique en Afrique.

Et pour résumer et concentrer notre analyse, nous dirons que l’élection régulière et libre (dans toute sa procédure et son déroulement) est donc productrice sur le marché de la politique et sur la scène du pouvoir, de deux effets ou de deux tendances structurels. Elle peut d’une part produire la configuration ou le séisme d’un futur différent comme en Bolivie en décembre 2005, où s’exprime une orientation stratégique et se manifeste une vision idéologique différentes; malgré, parfois, quelques concessions inévitables à l’adversaire, et quelques accommodements ou arrangements avec la réalité, imposés par les rapports de forces. L’élection peut, deuxièmement, conforter le réel concret dans sa glaciation lourde et son décor quasi-immuable, comme cela s’observe souvent en Afrique, malgré les joies de la fête et les menus plaisirs des tournées de la campagne. Et n’oublions pas de mettre ici l’accent sur les habitudes et les habiletés de la fraude, qui, malheureusement, précèdent souvent ces sédimentations méthodiques de l’ordre établi et des recettes de gouvernement des pouvoirs dominants.

Le défi électoral doit donc avant tout conférer une crédibilité démocratique parfaite à nos expériences nouvelles de conquête et d’instauration de la liberté, de l’égalité et de la justice. Expressions banales peut-être, mais si fortes depuis des siècles de combats et de campagnes pour les droits des hommes et des femmes, le progrès matériel et technique, et l’égalité. Ce défi des élections constitue aujourd’hui une priorité parmi les tâches inscrites dans l’urgence historique. Et ces tâches représentent de précieux articles des projets de mobilisation, et des manifestes de revendication de leurs libertés, qui interpellent nos peuples, et les invitent à se détourner des attractions théâtrales, et du spectacle bruyant, offerts par les marionnettes satisfaites du jeu politique.

Nous devons alors, de toutes nos forces intellectuelles et physiques, contribuer à ramener la politique au centre de la cité; dans toute sa noblesse et sa grandeur. En incitant les acteurs de la scène des pouvoirs (à l’exemple du grand penseur de la démocratie que fut et reste Raymond Aron) à se soumettre avec lucidité et humilité aux règles de l’État de droit et à l’arbitrage souverain des peuples.

Démarcation entre politique-spectacle et art d’organiser la cité

La modernité, à instituer ou conquérir hante tant le propos souvent répétitif et monocorde de dirigeants divers et impatients, qu’il sera indispensable d’en préciser les contours, et de fixer les canons (comme dans les arts et l’esthétique) de sa présence.

Afin qu’émergent et éclatent le discours et le projet de la nouveauté et du changement, conçus comme une libération et un affranchissement des pesanteurs, des routines et des corsets d’une tradition pourtant si spongieuse, il faut aussi avec la même hardiesse iconoclaste, faire en sorte que le «politiquement correct» s’étiole et s’assèche.

L’effort pédagogique et civique consistera finalement à insuffler la rationalité des choix dans le processus et les actes de l’élection, et à ramener par là la politique et l’art du gouvernement de la cité, de l’univers de la coquetterie et du jeu théâtraux sur les chemins encore largement inexplorés de l’efficacité. Et c’est peut-être pour cela aussi, qu’il faut en même temps résister à toute tentation de l’exil de l’utopie ou de la passion lyrique, qu’encouragent certains pouvoirs d’Afrique pressés de corrompre, de s’enrichir et de s’auto-amnistier en rond! Car comme le montre le poète Ben Okri, du Nigeria, de nos douleurs et de nos rêves de grandeur, c’est sur les rivages de la création poétique que certains acteurs ou témoins réconcilient leur inspiration créatrice avec les articles de leurs programmes, ou la tonalité idéologique des projets de société!

«Everyone loves a Spring cleaning; let’s have a humanity cleaning.

Open up history’s chamber of horrors

And clear out the skeletons behind the mirror, put our breeding

nightmares to flight.

Clear out the stables

A giant cleaning

Is no mean undertaking.

A cleaning of pogroms and fears

Of genocide and tears

Of torture and slavery

Hatred and brutality.

Let’s turn around and face them

Let’s turn around and face them

The bullies that our pasts have become

Let’s turn around and face them

Let’s make this clearing-out moment

A legendary material atonement.»

Ainsi, pour aboutir à une reconstruction «du front de la raison», comme le souhaitait, pour la recherche historique, Eric Hobsbawn, le  mot d’ordre primordial devra être de veiller à tracer une ligne de démarcation nette entre la politique-spectacle et l’art de l’organisation de la cité, à travers la compétence, l’engagement patriotique et la vertu civique de nouveaux dirigeants et représentants de nos peuples. Et cela doit se produire au moyen d’une évaluation rigoureuse des rapports de force sur la scène locale (ou nationale) et dans l’arène internationale. Aujourd’hui, cette arène internationale, globalisée, vit au temps de la mondialisation dont une bonne définition des réalités et des paradoxes est justement donnée par Eric Hobsbawm (On the edge of the new century, 1999). Et tout devrait nous commander d’inscrire dans la trame de ce monde dur et de calculs implacables pour l’hégémonie, notre propre realpolitik faite d’intelligence et de créativité constante. Ce n’est que par ces itinéraires de dignité et de conviction, que nous pourrions accompagner avec, succès, «la longue marche » de nos peuples vers la plénitude de l’être, et la libération de la misère et des injustices de la société.

Cette société nouvelle née de nos espoirs incorrigibles de renaissance, verra disparaître des tablettes de l’histoire la race encore si tonitruante et gourmande des «Chefs d’État au langage double et aux morales multiples» que fustigea Wole Soyinka.

Le retour à certaines analyses, et essais de dévoilement, parfois de décryptage, de la nature des pouvoirs en Afrique, menés par la recherche contemporaine sur les pouvoirs en Afrique (en partant, pour choisir un repère important, de J.-F. Bayart, L’Etat en Afrique. La politique du ventre, Paris, Fayard, 1989); et toutes les subtilités sur le «néo-patrimonialisme» africain, nous édifieraient fort à propos sur cette gourmandise d’ogre de la grosse majorité parmi nos «politiques».

C’est alors dans un contexte radicalement nouveau, et à travers une nouvelle histoire positive, que la démocratie se dépouillerait de cet emballage publicitaire et médiatique, offert par le spectacle plus ou moins bien produit et mis en scène des élections. La démocratie constituerait ainsi, comme l’imagine et le définit à juste titre Kalombo Mpinga Tshibey, le socle d’une nouvelle Afrique. Revenons à cet extrait d’un de ses textes: «L’Afrique à venir est souhaitée réconciliée avec elle-même, fidèle à ses traditions enrichies des modernités positives. On désire une Afrique judicieusement critique, raisonnablement technicienne, logiquement et formellement efficace, éthiquement transformatrice; aurait-on là les traits de l’Afrique «rationnelle» pleurée par celle-ci et suggérée par celui-là?

Est vivement attendue et appelée une Afrique d’hommes et de femmes de rigueur, de compétence et d’intégrité; une Afrique à risques calculés, courageuse dans ses programmes, persévérante dans l’exécution de ces derniers et, non moins capable de discernements salutaires.

Pour demain, fi à l’Afrique-passoire! Fi à l’Afrique-pigeonnier! Fi à l’Afrique-poulailler! Toutes trois ayant hypothéqué leur personnalité en laissant des «tiers» disposer d’elles à volonté et impunément.

Dans la nouvelle optique, on supposera l’Africain et l’Africaine aguerris par les épreuves; nourris par leurs traditions recouvrées et enseignées aux enfants; préoccupés par le bien-pour-tous et le bien-pour-chacun».

Et comme l’analyse Ralf Dahrendorf au sujet de La Démocratie en Europe, nous devons surtout, au-delà de toutes les formes et de toutes les facettes du «jeu électoral», faire émerger de véritables démocrates et des citoyens conscients de leurs prérogatives et de leurs droits. Car eux seuls pourraient légitimer et valoriser durablement le système démocratique.

Nous contemplons ainsi, l’immense pari et l’œuvre gigantesque, que nos fragiles vies ne réussiront peut-être pas à affronter, dans tous les contours, et les merveilleux compartiments de surprises et de découvertes qu’elles suscitent à l’infini. Et en y ajoutant une capacité décuplée d’anticipation, assise sur les prouesses incessantes de la science et de la technologie contemporaines, nous réussirons de véritables prodiges et produirons les premiers actes historiques de notre renaissance.

Il faut alors que l’intellectuel critique, ou le simple participant au forum démocratique, s’empare de ce questionnement lucide et courageux des échecs et des doutes du présent, pour imaginer un avenir différent, meilleur, et vide de la banalité quotidienne de l’oppression et du mensonge; en utilisant les armes de la raison, de la vérité, et en s’arcboutant à des repères sociaux et moraux indestructibles.

Car si, aujourd’hui, les dés sont pipés et les repères de l’histoire déchiquetés ou enfouis dans la paille des routines et des travaux de la vie, il ne peut qu’être difficile de recueillir les fruits et les leçons des luttes, et des exploits héroïques de nos peuples pour l’indépendance, la liberté et la démocratie. En nous posant parfois en héritiers présomptueux des grands précurseurs de la geste anticolonialiste, nous négligeons de redécouvrir et de retrouver les repères culturels et idéologiques qui restent nécessaires pour baliser nos itinéraires actuels. En n’accomplissant pas cet exercice propédeutique, l’intelligentsia de nos pays a toutes les chances de rester déboussolée, impuissante et paralysée, face au triomphe des instincts prédateurs de nos «élites» dirigeantes, et à l’irruption de l’horreur nue des polices et des campagnes génocidaires.

Devant l’apathie et la retraite désordonnée des soldats résignés des batailles de l’esprit et de la liberté que nous devenons parfois, les champions au pouvoir de la «stabilité» et du «dialogue», s’emploient dans un premier mouvement tactique à nous recruter dans leurs colonnes de chiens de garde zélés. S’ils n’y réussissent pas, ils n’ont alors plus qu’à développer le réflexe carnassier d’un «boa constrictor» à l’affût et affamé; prêt à nous séduire et nous magnétiser, pour mieux broyer nos maigres assemblages de volonté et de courage.

Il est alors impératif et urgent de redécouvrir notre humanité, et de reconquérir notre âme et notre dignité, pleine et noble, comme nous l’enseigne dans sa sagesse immense, la parole brillante et inspiratrice des grands Anciens de la carrure des Amadou Hampaté Bâ (du Mali), Paul Hazoumé et Louis Hounkanrin du vieux Dahomey (devenu le Bénin, depuis un décret salutaire des «révolutionnaires» qu’a engendrés le 26 octobre 1972 – date du dernier putsch historique et réussi dans notre pays!).

Ici s’impose la brillance de cet alliage indispensable du discours poli- tique et de la poésie et du lyrisme, auquel nous conduisent encore ces vers de Ben Okri:

«Already I sense the great orchestras

Of humanity, a world symphony,

A world jam, in which the diverse

Genius of the human race-

Its rich tapestry of differences-

Will combine, weave, heighten,

Hamonise aIl its varied ways

And bring about a universal flowering

ln aIl the vast numbers of disciplines

And among the unnumbered peoples.

Already 1 can hear this distant music

Of the future,

The magic poetry of time,

The distillation of all our different gifts».

Ici s’articulent les premiers vagissements du monde nouveau que selon Karl Marx (toujours actuel), nous ferons émerger et naître ; quand après avoir «interprété» la société, nous la «transformerons» avec nos raisons, nos intelligences et nos passions combinées, pour offrir les linéaments, d’une Humanité différente et radicalement nouvelle! Où,  après avoir dépassé et comblé le knowledge and technology gap (le fossé technologique et des connaissances), ce qu’indique comme une priorité essentielle Stiglitz, nous approfondirons et accélérerons les progrès des techniques et des savoirs, et continuerons de cultiver la beauté de la vie, délivrée des pandémies et des frayeurs de la maladie.

Pour l’heure, en entretenant à la manière du grand Spinoza «la persévérance de l’être», nous devons apprendre à dépasser la «raison» ou les raisons d’État» pour nous attacher aux raisons de la Justice et de la Liberté! C’est de cette seule façon, quasi-héroïque, que nous poursuivrons notre voyage à travers les écueils et les joies de la recherche et du combat émancipateur de nos peuples, pour libérer notre imagination et conquérir la plénitude de nos destins». Avec les armes d’une mécanique parfaite de la vérité, lorsqu’elles seront réappropriées et réintroduites dans leur arsenal de survie, par les humains de notre petite planète Terre.

Ce voyage intellectuel d’une durée d’existence terrestre et que les futures générations poursuivront nécessairement, ne doit jamais cesser de nous inviter à la célébration de nouveaux continents du savoir, et à l’embellissement de la vie et des créations du génie humain.

Si nous nous comportons parfois dans la vulnérabilité, la fragilité et le tumulte de notre parcours terrestre comme des poètes, «voleurs de feu», ce sera pour illuminer la société et le monde d’un nouvel «esprit des lumières» flamboyant et conquérant!

Nous y serons d’autant plus contraints, que nous semblons avoir depuis les triomphes des résurrections démocratiques des années 90, navigué du temps délicieux de la liberté aux désillusions de l’imposture triomphante du temps présent, traversée heureusement par quelques frémissements exceptionnels de vérité du droit et de la loi. Et ce sentiment est certainement plus fondé, quand nous contemplons, bien tristement, le tableau dur et si peu lyrique du spectacle actuel de la Démocratie et des Élections. Car nous y découvrons, à l’arrière-plan, ce décor brutal de misère et d’injustice, qu’accompagnent et encadrent la prédation et la corruption, quasi-souveraines et largement impunies. Et cela malgré quelques frissons, et des soubresauts très médiatisés des accès passagers de fièvre des campagnes de «moralisation».

Les cadeaux des campagnes électorales ou les promesses d’un paradis désormais très proche, de la «paix», du «développement» et de la «stabilité», viennent alors conforter la grandeur du spectacle octroyé dans toutes ses munificences par nos pouvoirs régnants! Tels sont le relief général et la couleur dominante du tableau offert par le phénomène électoral.

Il ne faut certes pas négliger, ni occulter le rôle -parfois magnifique- des élections comme solution ou instrument de sortie de crise ou de guerre civile. Et cette place demeure remarquable en l’espèce, malgré les incertitudes et la méfiance qui pourraient caractériser le nouveau climat institutionnel et politique et la fragilité quasi-structurelle des expériences en cours.

Toutes ces leçons de choses, tirées de l’observation lucide de l’État de nos pays et de notre continent, ont été exposées sans auto-flagellation, ni pessimisme d’école. Elles ont été inspirées par les interrogations que tout esprit honnête ne peut que soulever et énoncer.

L’œuvre et l’exemple du Professeur Edmond Jouve participent de ce service de l’honnêteté intellectuelle et de cette générosité humaine. En lui réitérant notre respect et notre admiration, nous devons dire et proposer plus. En faisant l’humble serment, pour l’Afrique, et avec les amis du Continent de nos futures architectures de grandeur, de ne jamais renoncer à abattre les hautes murailles de la rareté, de l’ignorance et de l’asservissement par toutes les hégémonies du monde. Pour ne pas encourager la bêtise humaine, nous glorifierons alors mieux, et de manière plus productrice, par l’écriture, la création qui l’inspire et l’alimente, et l’analyse critique sans concession qui doit la caractériser, la mission humaine et libératrice dont, pour son éminente part, Edmond Jouve, n’a jamais ignoré ni piétiné les objectifs et le mandat.

Ce devoir de conscience et cette obligation de vérité, nous interpellent instamment, car ils conservent encore toute leur force d’attraction; face aux exigences de nos recherches inachevées et la beauté fidèle, à peine défigurée, des rêves de notre jeunesse. Car, comme l’écrit Albert Memmi, avec son habituelle sobriété, dense et lumineuse: « Si nous pouvions, si peu que ce soit, agir sur notre commun destin, y avoir quelque part, si minime soit-elle, nous serions inexcusables de ne pas l’avoir tenté».

Et ce sera aussi, notre manière de conclure ce chapitre des Mélanges pour Edmond Jouve, et de clore notre longue observation des turbulences et des paradoxes de l’univers électoral.

lanouvelletribune.info

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