Burkina Faso: Tirs d’armes automatiques à Fada Des militaires libèrent de la prison un des leurs incarcéré

Burkina Faso: Tirs d’armes automatiques à Fada

Burkina Faso: Tirs d’armes automatiques à Fada

Des militaires libèrent de la prison un des leurs incarcéré pour …viol

Des coups de feu d’armes automatiques ont retentissent depuis ce matin, lundi 28 mars 2011, dans la ville de Fada N’Gourma à l’Est du Burkina. Ce mouvement qui se poursuivait jusqu’à 13 heures GMT a permis la libération d’un militaire en détention préventive pour…viol.

Jamais un sans deux, dit-on. Ainsi, après donc Ouagadougou où les militaires ont obtenu illico presto la libération de cinq de leurs camarades dans la nuit du 22 au mars 2011, c’est autour des militaires de la ville Fada N’Gourma (Est du Burkina) d’entrer dans la danse pour soustraire de la maison de d’arrêt de Fada un de leurs frère d’armes incarcéré en détention préventive pour une affaire de viol remontant à un peu plus d’un mois.

C’est peu après 8 heures du matin que les militaires du 32e RIC (Régiment d’infanterie commando) et du bataillon blindé sont descendu dans la rue en tirant en l’air des coups de feu. Un groupe s’est rendu au palais de justice où ils ont tiré sur les locaux et défoncé les ouvertures tandis qu’un deuxième groupe est allé directement à la maison d’arrêt où les militaires ont fait sortir des geôles leur camarade qui y croupissait dans l’attente de son jugement.

Par la suite, réquisitionnant des véhicules publics et privés, les soldats ont entamé une parade en ville en tirant en l’air des coups de feu.

Inutile de préciser que la cité de Yendabli vit ce jour au ralenti et que les commerces et autres établissements publics sont fermés.

Dans leur mouvement, les militaires ont saccagé les domiciles de certains officiers. Selon des informations que nous avons pu obtenir, il semble que, contrairement à Ouagadougou, les frondeurs armés de Fada n’ont pas pillé les civiles.

Nous y reviendrons.

Article mis en ligne à 13h35

lobservateur

koaci.com

Des militaires tirent en ville à Fada

Le Pays lundi 28 mars 2011

Des éléments militaires de la région de Fada Ngourma dans l’Est du pays sont descendus dans la rue ce matin. Depuis 8 heures , ils parcourent les artères de la ville en tirant en l’air. On n’observe pas de casses pour le moment comme ce fut le cas à Ouagadougou les 22 et 23 mars dernier.

Cependant, une source sur place nous apprend que le palais de justice a reçu la visite des militaires qui ont tiré sur l’édifice, causant ainsi quelques dégâts. Les raisons de cette action ne sont encore officiellement connues.

Mais déjà, dans notre édition de ce lundi, dans la rubrique “Confidences du week end”, nous annoncions que la vague de protestation de Ouagadougou menaçait de gagner cette ville où les soldats étaient déjà sur le qui-vive. La revendication porterait sur la libération de militaires jugés et détenus dans la prison de la ville suite à des altercations avec des civils.

Au moment où nous tracions ces lignes, on apprend que les militaires ont fait une déclaration sur la radio Horizon FM de la ville ( à suivre)

L’UNIR/PS exige la démission de Blaise Compaoré

Le Pays, dimanche 27 mars 2011

L’Union pour la renaissance/Parti sankariste a animé une conférence de presse, le vendredi 25 mars dernier à Ouagadougou, pour évoquer la situation nationale et internationale, à l’occasion de son 2e anniversaire. Pour Me Bénéwendé Sankara, au regard des derniers développements de l’actualité au Burkina, le président du Faso est définitivement empêché et doit démissionner.

“Maintenant que des hommes en armes, des armes de guerre et des armes lourdes s’en mêlent, détruisent des biens privés comme publics pendant que le premier responsable, à savoir le chef suprême des forces armées nationales vaque paisiblement à d’autres occupations, n’y a-t-il pas lieu d’en tirer la conclusion évidente que le président du Faso est définitivement empêché et de façon absolue à pouvoir remplir ses fonctions constitutionnelles ?”. C’est la question que s’est posée le président de l’UNIR/PS, Me Bénéwendé Sankara à l’entame de ses échanges avec la presse. Et de répondre que pour son parti, il y a vacance du pouvoir et qu’en conséquence, Blaise Compaoré doit démissionner pour permettre au peuple burkinabè “de se réconcilier avec lui-même et d’engager des réformes politiques et institutionnelles adéquates (…)”. Selon l’analyse du chef de file de l’opposition, cette position n’est nullement surréaliste parce que l’Etat n’existe plus au Burkina. “La loi est là pour tous. Si vous pouvez prendre des armes, vous vous en soustrayez. On doit donc libérer tout le monde”, a martelé Me Sankara, en parlant des graves incidents survenus le mardi dernier à Ouaga. En clair, pour le patron du parti de l’œuf, il n’y a plus de commandant au bord de l’avion « Burkina Faso ». Le président de l’UNIR/PS dit ainsi comprendre la réaction des magistrats, greffiers, avocats et agents de la Justice qui ont décidé de l’arrêt de leurs activités en signe de protestation. Sur le plan national, il s’est dit également solidaire des luttes des élèves, étudiants et travailleurs. Dans ce sens, il a estimé qu’il était impérieux de rouvrir les écoles et les universités ainsi que les œuvres ou services rattachés, de libérer toutes les personnes détenues dans le cadre des manifestations, de dédommager les victimes collatérales et surtout de rende la vraie justice. Que pense le président de l’UNIR/PS à propos de la situation en Côte d’Ivoire et en Libye ? Sans surprise pour ce parti de gauche, Me Sankara a exprimé sa solidarité aux peuples ivoirien et libyen qui n’aspirent qu’à une paix véritable. Malheureusement, en Libye, “des pirates venus de loin veulent imposer une barbarie moyenâgeuse aux populations”, dira-t-il. En Côte d’Ivoire, l’UNIR/PS tient à une solution africaine dans cette crise postélectorale et s’oppose fermement à une intervention militaire, non sans décrocher des flèches à l’impérialisme international “dont les derniers retranchements se retrouvent à l’ONU et à l’OTAN”

Dayang-ne-Wendé P. SILGA

Le président burkinabè Blaise Compaoré au pouvoir sans partage depuis 24 ans jour pour jour de son coup, d’état contre son prédécesseur Thomas Sankara. nerrati.net

MANIFESTATION DE MILITAIRES A OUAGA

Une autre version des faits
Le Pays, dimanche 27 mars 2011

Suite aux manifestations de militaires dans la nuit du 22 au 23 mars 2011, en réaction contre une décision de justice condamnant cinq des leurs, plusieurs versions des faits ont été servies aux populations. De toutes ces versions, il est ressorti qu’il s’agit d’une histoire de f… femme. Mais qu’en est-il en réalité ? C’est la question à laquelle un monsieur, qui a souhaité garder l’anonymat, a voulu répondre. Nous l’avons reçu à notre rédaction le vendredi 25 mars 2011 et voici “sa” version.

Des militaires ont récusé la décision de justice condamnant cinq de leurs frères d’armes et l’ont fait savoir dans la nuit du 22 au 23 mars 2011. Pour ce qui est de la raison de leur condamnation, une maltraitance due à une histoire de femme. Mais telles que racontées, un monsieur qui a souhaité garder l’anonymat, pense que les versions servies sont en marge de la réalité des faits. Nous l’avons reçu le 25 mars et il nous a relaté les faits “réels” pour avoir été, selon lui, un proche témoin. Selon notre visiteur du jour, tout a commencé dans la matinée du 28 janvier 2011. Ce jour, la victime des militaires, un Burkinabè, dessinateur en bâtiment, a appelé à son service pour avertir qu’il ne viendra pas à l’heure. Il avait une course privée en ville, mais ne l’a dit. Il s’est donc rendu au lieu de la course où il lui fallait faire des prises de mesures. Pour ses prises, il avait besoin d’aide et l’a sollicitée auprès d’un monsieur qui habite dans la cour où il effectuait ses travaux. Le monsieur est le sergent qui sera plus tard son bourreau. A la demande d’aide, le sergent a répondu qu’il ne pouvait pas parce qu’il était en train de sortir. Mais en revanche, il a demandé à sa femme d’aider l’ouvrier.

Obligé à se mettre en tenue d’Adam

C’est au cours de ces travaux que le dessinateur en bâtiment et la femme du sergent ont sympathisé et il y a eu échanges de numéros de téléphone portable. Les travaux finis, l’ouvrier s’en est allé. Quelque temps après, il a reçu un SMS du numéro de la femme du sergent lui demandant de revenir. Il est de ce fait revenu et dès son arrivée, il est tombé nez à nez avec le sergent qui a commencé à l’assener de questions. Par la suite, le sergent a appelé ses amis, militaires eux-aussi, à la rescousse. A cinq, il l’ont sommé de se mettre à poil. Comme il n’a pas obtempéré, ils l’ont déshabillé eux-mêmes et l’ont jeté hors de la cour avec sa moto P50. C’est ainsi qu’il a voulu se réfugier dans la cour voisine. Mais il a été vidé de là par ses bourreaux. Il a alors pris sa moto, tout nu comme un ver, pour se retrouver hors de la vue des militaires avant de s’arrêter dans un chantier pour demander des habits. Un gendarme de passage, intrigué, s’est approché. Après avoir pris connaissance de l’histoire, il a suggéré au dessinateur en bâtiment de se rendre directement à la gendarmerie de Boulmiougou pour déposer une plainte. Ce qu’il fît. Pendant qu’il était à la gendarmerie, les militaires de leur côté ont appelé à l’un des numéros du portable de leur victime. Ils ont eu la secrétaire du service du dessinateur en bâtiment à qui ils ont dit chercher le dessinateur en question pour lui restituer son portable égaré. Après indication, il se sont rendus au service du dessinateur en bâtiment. Arrivés, ils ont appelé la secrétaire qui a envoyé le gardien chercher le portable. Mais quand celui-ci est arrivé, en plus du portable, ils lui ont remis un colis pour le patron.

Le patron du déssinateur ne l’a pas aidé

Le patron a découvert le contenu en présence d’un de ses amis policier venu par hasard lui rendre visite. Ils ont tous eu peur de découvrir les habits et les chaussures du dessinateur en bâtiment. Ils ont tout de suite pensé qu’on l’avait tué. Mais lorsqu’ils ont dépêché quelqu’un avertir la gendarmerie, l’envoyé a retrouvé le dessinateur en bâtiment en train de faire sa déposition. Il avertit ceux restés au service qui les rejoignent à la gendarmerie. Là, le patron du dessinateur lui fait comprendre que comme il n’était pas de service, il doit s’en sortir sans lui. Donc, contrairement à ce qui s’est dit, le patron n’a rien fait pour aider son employé, à en croire ce que nous a dit notre visiteur. Les cinq militaires ont été entendus à la gendarmerie. Là, le sergent, toujours selon notre hôte, s’est agenouillé pour demander pardon à celui qu’il a considéré comme amant de sa femme. Il a même répété le scénario au tribunal. Avant de nous quitter, notre visiteur nous a laissé entendre que pour qui veut, les dépositions des cinq militaires sont à la gendarmerie de Boulmiougou.

Synthèse de Abdoulaye TAO et Boureima DEMBELE

Grève générale de protestation des Magistrats, avocats et greffiers

Les magistrats, les avocats, les greffiers et les agents du ministère de la Justice sont choqués par les dégâts causés par la soldatesque dans leurs locaux et en ville et par la libération des cinq militaires condamnés. Dans cette déclaration commune, les trois syndicats appellent à un arrêt des activités dans toutes les administrations judiciaires et exigent, entre autres, que des excuses publiques soient présentées au pouvoir judiciaire et la réincarcération immédiate des bidasses.

“Dans la nuit du 22 au 23 mars 2011, des coups de feu ont retenti pendant plusieurs heures à Ouagadougou, notamment en provenance du camp Lamizana, du camp Guillaume et du camp situé sur la route de Pô. Ces coups sont allés en s’intensifiant et en convergeant vers le centre de la ville avec pour cible principale le palais de justice. Dans la matinée du mercredi 23 mars, les premiers constats faisaient état de boutiques pillées, de stations d’essence vandalisées etc. Au palais de justice, les locaux ont été violés et les dégâts énormes. Les salles d’audience n°2 et n°2 ont été saccagées, les bancs et chaises ont été cassés, des vitres cassées, un bureau défoncé, les tiroirs fouillés.

Les vitres du bâtiment de la maison de l’Avocat ont également été endommagées. Des douilles de balles réelles ont été retrouvées par terre. Il ressort du communiqué du ministre de la Défense et des Anciens combattants que ces actes sont le fait d’un groupe de militaires qui s’est indigné de la condamnation de cinq des leurs par le Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou à l’audience du 22 mars 2011. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Le 22 février 2011, le Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou a connu d’un dossier dans lequel cinq (05) militaires étaient poursuivis pour outrage public à la pudeur et vol. Les faits de l’espèce révèlent que courant mois de février 2011, les cinq (5) militaires en question, soupçonnant un citoyen de faire la cour à la concubine de l’un d’entre eux, se sont coalisés pour lui donner, selon leurs termes, une correction, et ce faisant, ils lui ont assené des coups, l’ont obligé à se prosterner devant eux pour implorer leur clémence, l’ont contraint à boire l’eau d’un puits perdu.

Par la suite, ils l’ont déshabillé et contraint à aller rejoindre tout nu sa monture, qu’ils avaient pris le soin de mettre au milieu de la voie, de la mettre en marche et partir comme tel à la maison. Il était quatorze heures. Interdiction lui a été faite d’emprunter les rues de quartiers communément appelées « six mètres ». La victime faisant chemin est entrée dans une cour pour solliciter des vêtements. Là encore les cinq militaires ont accouru et l’ont obligé à s’en aller dans son état dénudé sous la huée de témoins involontaires. Le même soir, deux d’entre eux se sont rendus à son lieu de travail et y ont déposé ses effets d’habillement auprès des vigiles.

La victime a été également dépossédée de ses documents administratifs et de la somme de cinquante (50 000) mille francs CFA. Statuant sur ces faits et après un débat contradictoire, le dossier a été mis en délibéré pour le 22 mars 2011 pour que la décision soit prononcée. A cette audience, les cinq (05) militaires ont été reconnus coupables des faits d’outrage publique à la pudeur, vol, complicité d’outrage publique à la pudeur, complicité de vol. En répression, ils ont été condamnés à des peines allant de douze (12) mois ferme pour quatre d’entre eux à quinze (15) mois ferme pour le dernier et à des dommages intérêts de trois (03) millions environ.

Les syndicats du secteur de la justice appellent l’opinion publique nationale et internationale à analyser l’action des militaires avec moins de passion. En effet, au-delà de la question de l’impunité ambiante qui est très souvent réservée à certaines catégories professionnelles ou sociales et de tous les maux de la justice burkinabè (corruption, manque d’indépendance, lenteur pour certains dossiers et célérité pour d’autres, etc.), lesquels maux sont combattus et dénoncés par les syndicats de la magistrature, les actes des militaires posent un certain nombre de problèmes que l’opinion doit cerner.

Il est à rappeler que dans un Etat de droit, nul n’est au-dessus de la loi, y compris l’Etat lui-même et le juge, qui peuvent se voir condamnés pour leurs manquements à la loi. Il ne revient donc pas à une catégorie professionnelle, soit-elle armée, de se rebeller contre le traitement des dossiers de justice concernant certains de ses membres à travers les moyens sus-décris. Qu’adviendrait-il si chaque couche socioprofessionnelle devait recourir à des actes du genre pour protester contre les décisions judiciaires ?

Au regard de la gravité des évènements, les magistrats, le personnel judiciaire et les avocats regroupés au sein du Syndicat des avocats du Burkina Faso, en leur qualité de travailleurs de la justice, se sentent énormément en insécurité sur leur lieu de travail et refusent d’être les moutons du sacrifice. C’est pourquoi ils ont décidé de la cessation immédiate de toutes les activités juridictionnelles dans toutes les juridictions, et ce, sur toute l’étendue du territoire national, jusqu’à nouvel ordre. Dans la même logique et dans leur principe de défense de l’indépendance de la magistrature, les syndicats soussignés :

• dénoncent la gestion de la situation par les autorités à travers le communiqué du ministre de la Défense et des Anciens combattants qui ne fait nullement allusion aux dégâts causés au palais de justice, pourtant la cible première des militaires ;

• dénoncent la libération des cinq militaires condamnés par une décision de justice et exigent leur réintégration, non à la Maison d’arrêt et de correction des armées mais à la Maison d’arrêt et correction de Ouagadougou (MACO), conformément au mandat de dépôt délivré contre chacun d’eux.

Ils exigent, pour la reprise des activités juridictionnelles sur toute l’étendue du territoire, ce qui suit :
la réintégration immédiate et sans condition des militaires condamnés le 22 mars 2011 sur décision de justice à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. A défaut, les autres détenus seront en droit d’attendre de l’Etat qu’ils soient également libérés ;
– la réhabilitation des locaux saccagés des juridictions ;

– la prise de mesures urgentes pour sécuriser les magistrats et le personnel judiciaire ainsi que les palais de justice ;
– l’ouverture sans délai de discussions sur la situation sécuritaire des magistrats et du personnel judiciaire ;
– la présentation d’excuses publiques au pouvoir judiciaire ;
la sanction des auteurs de toutes les attaques survenues dans la nuit du 22 au 23 mars 2011.

Les points ci-dessus cités sont la condition sine qua non à la reprise sereine de l’activité juridictionnelle. Les syndicats soussignés interpellent le président du Conseil supérieur de la magistrature relativement à la remise en cause de l’indépendance du pouvoir judiciaire et la sécurité de ses acteurs.

Fait à Ouagadougou, le 24 mars 2011

Ont signé :

Pour les Syndicats de magistrats :

SAMAB
Antoine S. Kaboré
Secrétaire à l’organisation

SBM
Bessolè René Bagoro
Secrétaire général

SMB
Christophe Compaoré
Secrétaire général

Pour les Syndicats des greffiers et des agents de la justice :

SYNAJ
Moussa Ouattara
Secrétaire général

SGB
Daniel Wangrawa
Secrétaire général

Pour le Syndicat des avocats du Burkina Faso

SYNAF
Maître Batibié Benao
Secrétaire général

Le signe de fébrilité du régime en place
L’Independant

Nous l’avons toujours écrit, les longs règnes conduisent au chaos. Les dirigeants, à force de durer au pouvoir, s’éloignent des réalités de terrain et négligent les aspirations légitimes des peuples pour lesquels ils sont là. Le Burkina Faso n’est pas exempt de cette réalité. En 24 ans de pouvoir, le régime en place n’a pas toujours su tirer les leçons des différentes crises survenues au Burkina. Celle qui secoue actuellement le Burkina Faso tire ses sources dans la mauvaise gestion des crises précédentes.

Les Burkinabè (surtout sa frange jeune) en ont marre des agissements du régime en place qui s’est toujours illustré par les tentatives de camouflages de la vérité, l’imposition du mensonge, la répression et la désignation d’un bouc émissaire dès qu’une crise survient. On ne prend pas la peine d’analyser les vraies causes pour en tirer les conséquences. La crise actuelle, née suite au décès de l’élève Justin Zongo tire ses sources dans les agissements du régime.

De la banalisation de la vie à l’impunité

En 24 ans de règne le régime en place a réussi à créer une crise de confiance avec la majorité des citoyens. Des personnes ont été tuées. La vérité sur les faits a été cachée et les auteurs des tueries circulent en toute impunité. Le décès brutal de Oumarou Clément n’a jamais été élucidé, ni celui de Michel Congo. Ces deux affaires ont été jugées et les personnes impliquées libérées pour manque criard de preuves. Les Burkinabè se souviennent aussi qu’à la mort du président Thomas Sankara, il a été inscrit sur son certificat de décès qu’il est mort de mort naturelle. Pourtant, il a été « zigouillé » par un commando militaire. La justice a du mal à dire le droit dans cette affaire. David Ouédraogo, chauffeur du frère cadet du président Compoaré, est mort vraisemblablement des suites de tortures infligées par des éléments de la garde de sécurité présidentielle qui menaient une enquête sur une affaire de vol de numéraires commis au préjudice de l’épouse de François COMPAORE. La garde de sécurité présidentielle n’étant pas une brigade de gendarmerie ou un commissariat de police, on se demande qui a conduit les enquêtes et surtout comment les présumés coupables étaient gardés ? Mais selon les témoignages d’un des compagnons de David, ils ont été conduits par un groupe de militaires et ont été frappés puis brûlés avec du feu de paille. Après leur avoir ensuite brûlé les pieds, ils ont été couchés sur le dos au-dessus d’un feu de bois, pieds et bras préalablement attachés. Cependant, il a été écrit sur le certificat de décès, que David Ouédraogo « est décédé le 18 janvier 1998 à 06 h 50 de sa maladie ». Norbert Zongo qui enquêtait sur le décès de David Ouédraogo a trouvé la mort brûlé, calciné dans son véhicule le 13 décembre 1998. Cet assassinat qui impliquait quelques acteurs de l’affaire David Ouédraogo a abouti à un non-lieu et le dossier déposé au greffe du tribunal en attendant de nouvelles preuves. En dehors de l’affaire David Ouédraogo qui a été jugée et des personnes condamnées, les acteurs de ces tueries et leurs commanditaires circulent en toute impunité. Pourtant, après tous ces décès et assassinats, les autorités ont toujours promis de faire la lumière comme ce fut le cas après le décès de Justin Zongo. Les Burkinabè n’ont plus confiance. Le refrain est connu de tous. Si les plus âgés des Burkinabè supportent cette dure réalité, les jeunes, avenir du pays la supportent mal et n’hésitent pas à exprimer leur colère et leur ras-le-bol. Quand un vase est trop plein, son contenu se déverse. Ils n’ont pas hésité à déverser leur colère après la tentative de camouflage de la vérité sur la mort de l’élève Justin Zongo. Des policiers, recrutés, formés et payés par le Trésor public, au lieu de traquer les bandits, débarquent dans un établissement pour embarquer brutalement un adolescent suite à une simple altercation entre camarades. Cet adolescent est bastonné au commissariat et en sort avec de graves blessures que ses camarades, ses parents et même un procureur de la République ont remarquées. A son décès, on sert comme arguments, décédé par suite de méningite après s’être évadé de l’hôpital. Mensonge, banalisation de la vie d’un innocent : on s’acheminait vers une nième situation d’impunité et les jeunes burkinabè ont crié trop c’est trop. Il est inutile de chercher un bouc émissaire dans les manifestations spontanées organisées par les enfants. La vie humaine est sacrée. C’est parce que le régime l’a toujours banaliseé que ces policiers se sont permis de débarquer dans l’établissement de Zongo pour l’enlever et le bastonner. C’est parce que d’autres abus et exactions sont restés sans sanction, dans l’impunité totale que les policiers de Koudougou ont agi de la sorte.

Qui va sauver le régime ?

La mort de Zongo a été l’élément déclencheur d’une crise dont les prémisses se faisaient sentir depuis peu. En effet, depuis un certain temps, le peuple burkinabè exprime sa méfiance vis-à-vis du pouvoir en place. Mais ce pouvoir, trop accroché au peu de légitimité que lui accorde quelques uns de ses thuriféraires, ne voit pas grandir ce fossé de méfiance. Tout d’abord, les Burkinabè ont envoyé un grand signe à la classe politique au pouvoir lors de l’élection présidentielle passée en boudant les inscriptions sur les listes électorales. Ils ont aussi boudé l’élection du président Compaoré ; le taux de participation et son score d’élection en disent long. Il n’est pas honorable pour un Burkinabè de penser que son président a été élu avec un tel score. Comment va-t-il conduire ce pays vers l’émergence sans le soutien légitime de son peuple ? Il faut qu’il comprenne que les Burkinabè, pour qui il est là, sont déçus. Lui qui est beaucoup impliqué dans la résolution des crises en Afrique, dirige un peuple mécontent de son système de gouvernance. Ensuite, la nomination du nouveau gouvernement en janvier dernier a déçu plus d’un Burkinabè. Des personnes sont en place depuis des années dans le gouvernement passant de ministère en ministère alors qu’elles ne mobilisent pas dans leur propre localité. D’autres qui ont eu leurs noms cités dans des affaires touchant aux bonnes mœurs ont été maintenues comme si le pays les méritait. La plus grande frustration après la formation de ce gouvernement est venue du CDP qui a été minimisé dans la composition de ce gouvernement au profit des membres de la FEDAP-BC, des novices en politique. Voici une anecdote qui explique l’état de fébrilité du régime : En effet, dès l’embrasement du pays et juste après la décision des étudiants de Ouaga de marcher en direction de la police nationale pour remettre leur déclaration, personne dans le milieu politique n’avait un contact avec les leaders estudiantins pour tenter de les dissuader. C’est là qu’un cadre du régime s’écria : « si Salif Diallo était là ? » Est-ce pour dire qu’il est l’homme d’une telle situation ? Il ne suffit pas au président Compaoré de s’entourer de beaucoup d’hommes, il doit s’entourer d’hommes utiles pour la gestion du pays. Est-ce que la rumeur faisant état de la formation d’un nouveau gouvernement avant le 26 mars est fondée ? Attendons de voir comment le pouvoir qui montre des signes de fébrilité va gérer cette crise ?

PB

http://africanindependent.com/news/?p=1197

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