COMMENT AREVA OCCUPE NOTRE TEMPS DE CERVEAU DISPONIBLE

owni.frLe groupe nucléaire français dépense sans compter dans la pub au cinéma et dans la presse, et investit massivement dans le sport. Objectif, nous faire croire que tout va au mieux dans le monde d’Areva. Une enquête de Charlie Hebdo.

COMMENT AREVA OCCUPE NOTRE TEMPS DE CERVEAU DISPONIBLE

Notre électricité dépend à 78% de l’atome1, mais ça n’a pas l’air d’inquiéter la majorité des Français, en dépit des événements au Japon. Quand on sait que dans le reste du monde, cette proportion du nucléaire dans la production électrique chute à 16% en moyenne, c’est dire s’il y a pourtant de la marge… Il faut dire qu’avec le matraquage publicitaire du géant nucléaire tricolore, Areva, qui chaque année envahit journaux, écrans télé et cinéma, il y a de quoi ramollir les cerveaux. Le budget global annuel dépensé à diffuser les messages d’Areva avoisinerait les 5 millions d’euros. « Il s’agit de notre budget d’achat d’espaces », explique à Charlie Jacques-Emmanuel Saulnier, le directeur de la communication d’Areva.

Cinq millions pour irriguer les magazines généralistes et la presse spécialisée, c’est déjà une belle somme. Mais, au moins à deux reprises, le budget pub du groupe a explosé. En 2003-2004, lors de la première campagne ciné-télé du groupe, touchant le grand public, l’agence de pub EuroRSCG a fait sauter le compteur : 15 millions d’euros. Elle a concocté un film qui se voulait explicatif, avec des schémas censés raconter l’origine de l’énergie nucléaire, à quoi ça sert, et comment. Pour accompagner les images, un tube disco (« Funkytown ») a été choisi. Ce film d’animation, bourré de chiffres au point qu’on s’en trouve presque noyé, se voulait plutôt profil bas, juste explicatif. Des pages de pub ont été diffusées dans 110 pays, un budget d’environ 5 millions rien que pour la France. Le jackpot pour les médias !

En janvier 2011, Areva a remis le couvert en diffusant dans le monde entier un nouveau film. Objectif, célébrer les 10 ans de la création de l’entreprise. Une méga campagne s’appuyant – encore – sur un film d’animation censé retracer « l’épopée de l’énergie » de l’Antiquité à nos jours, a coûté, là encore, 15,5 millions d’euros, dont 7 millions pour la France. Soixante secondes d’images ultra léchées au son du fameux tube disco réorchestré, mais qui ne sont pas passées inaperçues.

Le monde écolo, de tous horizons, s’en est en effet ému, au point que six plaintes, notamment de Corinne Lepage et du réseau Sortir du Nucléaire, ont été déposées devant l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP). La pub, en laissant planer le doute sur la nature de l’énergie nucléaire, en gommant ses aspects nocifs, s’apparentait à une belle entreprise de « désinformation », comme l’a écrit un avocat spécialiste de l’environnement, Arnaud Gossement.

Le message subliminal saute aux yeux : après un plan montrant « une centrale à charbon qui apparaît dans un décor gris et pollué et montre les conditions de travail difficile des mineurs », apparaît « une centrale nucléaire dans un paysage naturel en bord de mer sous un ciel clément, à côté d’éoliennes offshore ou d’une centrale solaire ».

Le slogan final de ce fameux film ? Il évoquait les faibles émissions de CO2 du nucléaire, en éludant soigneusement le problème crucial des déchets. Conclusion évidente : dormez tranquille, tout va bien dans le meilleur des mondes, celui du nucléaire ! Alors qu’en 2009 les Verts avaient obtenu le retrait de slogan d’Areva « L’énergie au sens propre », l’ARPP a cette fois-ci donné raison au groupe en rejetant les plaintes des écolos…

Sponsor atomique du sport

Au-delà des simples pubs, le matraquage du groupe nucléaire investit massivement d’autres secteurs, tel le sport. Areva a ainsi dépensé plus de 25 millions d’euros pour participer à la Coupe de l’America et soutenir l’équipe française de voile. Un investissement évalué en termes de retombées médiatiques à l’équivalent, assurent les communiqués de l’époque, de « 73 millions d’euros avec 47 heures de télévision, 9476 articles et 1435 mentions à la radio ». En sortant la calculette, cela a procuré une belle économie pour Areva : 48 millions d’euros de pub gratos.

Après avoir irrigué la voile de son fric, Areva a subventionné l’athlétisme depuis 2009. Le groupe produit des films et sponsorise des rencontres sportives. A chaque fois, le nom, le logo, voire la musique disco, toujours la même, recréent l’univers tellement sympathique et inoffensif du nucléaire.

Areva multiplie les actions tous azimuts : signature avec des athlètes « ambassadeurs », soutien aux épreuves hors stades dédiées aux amateurs, etc. Et en a profité pour s’immiscer dans la création ciné en soutenant le film de Régis Wargnier « La ligne droite », consacré aux valeurs de l’athlétisme. Il existerait, mais oui, de nombreux points communs entre l’athlétisme et le groupe nucléaire, à en croire le laïus figurant sur le site athlenergy.com, un portail subventionné par Areva et dont Charlie Hebdo a récemment parlé, à propos des ménages du journaliste Nelson Monfort :

La dynamique de progrès continu, la foi dans le potentiel de chaque individu à se réaliser quels que soient ses aspirations, son niveau, son profil et son origine, et puis l’énergie, l’envie d’aller de l’avant, l’enthousiasme sont autant de points communs entre Areva et l’athlétisme.

C’est beau…

 

Publié initialement dans Charlie Hebdo le mercredi 23 mars 2011

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